EconomieCirculaire

Près de 400 participants assistaient, le 22 janvier dernier à Bercy, au colloque "Economie circulaire dans les territoires : quels rôles pour les élus et les acteurs publics ?"

Une approche un peu restrictive...

Organisée par les ministères en charge de l'écologie et de l'économie, l'IGPDE, l'ADEME et l'Institut de l'Economie circulaire, cette réunion avait comme objectif de sensibiliser les représentants des administrations de l'Etat et des collectivités locales à ce nouveau concept inscrit au titre IV de la loi de transition énergétique en cours d'examen par le Parlement.

Je ressors néanmoins assez perplexe de cette journée qui, à trop vouloir présenter des démarches concrètes, des sources de financement et des exemples de réalisation me semble avoir proposé une vision réductrice de l'économie circulaire : la prépondérance du thème des déchets par exemple tendrait à faire assimiler ce concept à la seule notion de réutilisation et de recyclage... ce qui n'aurait rien d'innovant !

... marginalisant les aspects novateurs du concept d'"économie circulaire"...

La plupart des réalisations mises en exergue avaient été initiées depuis déjà plusieurs années - voire des dizaines d'années, comme le recyclage des matériaux de construction des routes en Seine-Maritime. Le représentant du commissaire à la politique régionale de la Commission européenne a lui-même indiqué que sans attendre une définition claire et partagée de l'économie circulaire, plusieurs milliards d'€ avaient déjà été engagés sur de tels objectifs, au cours des 6 dernières années de la programmation précédente, notamment au Royaume Uni, en Allemagne ou aux Pays-Bas, au travers des programmes "LIFE" et des fonds structurels (FSE, FEDER) et même du FEADER !

Sans doute le terme d'économie circulaire n'était-il pas utilisé jusqu'à ces toutes dernières années. Les textes européens ou nationaux mentionnaient des objectifs de "croissance verte", "développement durable", "investissements écologiquement responsables"... Mais alors pourquoi l'émergence de ce nouveau concept ? Apporte-t-il quelque chose de plus ou n'est-ce qu'un nouvel habillage du concept de développement durable ?

...dont la finalité est bien de permettre un développement durable...

Selon l'ADEME, l'économie circulaire peut se définir comme un système économique d'échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l'efficacité de l'utilisation des ressources et à diminuer l'impact sur l'environnement tout en développant le bien être des individus. Le président de l'Institut de l'économie circulaire, le député F.M. Lambert, insiste également sur cette préoccupation prépondérante de la place de  la ressource au coeur de la réflexion économique. 

Dans sa contribution aux travaux engagés par la revue Futuribles "Produire et consommer à l'ére de la transition écologique", François Grosse prône la substitution d'une croissance quasi-circulaire au modèle de croissance linéaire des décennies passées. La croissance circulaire, l'économie circulaire doivent bien s'entendre comme un nouveau modèle économique et ne pas être limitées à des modes de gestion des entreprises (réduction de la consommation des ressources) ou à une approche écologique de la gestion des déchets par les collectivités locales. "Les clefs de l'économie circulaire se situent désormais dans les processus de consommation et de production et non dans la gestion des déchets" (Futuribles n° 403, p.69)

...reposant sur une approche systémique... 

A contrario de certains des témoignages présentés, les intentions affichées par d'autres, et notamment la représentante de la mairie de Paris, s'inscrivaient bien dans cette approche globale : la trajectoire zéro déchets n'est qu'une des composantes d'une politique - municipale ou régionale ? -  qui voudrait non seulement s'étendre à l'écologie industrielle mais voudrait aussi engager une réflexion sur une véritable économie des fonctionnalités (= proposer le service avant l'offre du bien qu'il est censé assurer) ou encore lutter contre le gaspillage alimentaire. Des objectifs aussi ambitieux ne pourront aboutir que s'ils sont soutenus par une véritable évolution des mentalités de tous les acteurs économiques - non seulement les producteurs de biens et services, mais aussi les consommateurs - et supposeront sans doute, qu'au dela de subventions ponctuelles aux investissements, les collectivités promoteurs de ces politiques de proximité puissent disposer de suffisamment d'autonomie fiscale pour pouvoir orienter leur modèle de développement économique en jouant sur la fiscalité du foncier, de l'habitat, des transports, de l'énergie, des déchets. 

... réellement novatrice, mais indispensable.

En dépit de ses quelques lacunes, cette journée aura certainement sensibilisé les participants à la nécessité d'aller au delà de ce qui a déjà été fait ou engagé. Elle n'a néanmoins pas assez souligné l'inexorabilité de ces évolutions qui nous seront de toute façon imposées à plus ou moins long terme, par la raréfaction de certaines ressources, par la dégradation des conditions de vie en milieu urbain ou par les conséquences du changement climatique. Comme cela a été souligné par plusieurs intervenants, les entreprises apparaissent plutôt en avance sur les administrations : cela n'a rien de surprenant car leur modèle économique et donc leur survie, est menacé si elles n'anticipent pas leur adaptation aux évolutions environnementales et sociétales. Les administrations locales et les Etats ont eux souvent plus de mal à s'adapter et à innover  car cela met en cause les répartitions de pouvoir et les jeux d'influence. Le retrait - même temporaire - du "paquet" "économie circulaire" des discussions européennes dans l'attente d'un accord entre Etats membres sur sa définition et son contenu en est la meilleure illustration !

H.R.